Cet article vise à donner une image de la population du village de Blosseville il y a deux siècles : combien les Blossevillais étaient-ils, où habitaient-ils, quels métiers exerçaient-ils ?
Un article complémentaire présente les plans avec les noms des anciens propriétaires « Les propriétaires des maisons de Blosseville en 1827 ».
Pour répondre à ces questions, nous pouvons nous fonder sur deux sources très voisines temporellement :
- le cadastre napoléonien qui a précisément 200 ans
- le premier recensement général de la population de 1836
Le cadastre napoléonien de Blosseville
Le cadastre napoléonien
Institué par une loi du 15 décembre 1807, le cadastre dit « napoléonien » est un ensemble de documents visant à établir les contributions fiscales des propriétaires de biens fonciers.
Pour chaque commune, il comporte :
- un plan détaillé des parcelles et constructions dûment numérotées.
- un état des sections indiquant, pour chaque parcelle, le propriétaire, le degré de fertilité des terres et le revenu de référence.
- une matrice cadastrale regroupant par propriétaire les différents biens qu’il possède
A noter que :
- l’établissement du cadastre pour toutes les communes françaises s’est échelonné de 1809 à 1850
- ce cadastre a perduré jusqu’à celui de 1934, par actualisation de la matrice cadastrale originelle
- le cadastre utilise le système métrique, instauré officiellement en Septembre 1799 : les superficies sont exprimées en hectares, ares et centiares.1Le nouveau système coexistait encore avec les unités anciennes : dans un courrier de 1826 au Préfet, le maire de Blosseville parle de 15 acres que la commune a cédées.
Ces plans sont accessibles sur le site des Archives Départementales de Seine-Maritime. Voici le lien direct vers ceux de Blosseville-sur-Mer « Plans cadastre napoléonien Blosseville ».

Le territoire de la commune est divisé en 3 sections cadastrales A B C. Chacune de ces sections fait l’objet d’un plan et d’un état détaillés.
Une vue d’ensemble de la commune
Aucune date n’est portée sur la carte elle-même, mais l’« état des sections » listant les propriétaires de chaque parcelle est daté du 11 août 1827. Le relevé topographique des parcelles à Blosseville a été effectué auparavant, en 1825 ou 1826.

C’est en tout cas à cette date qu’a été détaché de Blosseville le terrain, situé à l’extrême nord de la commune, sur lequel est construite la chapelle du Val. Cette parcelle a été attribuée à Sotteville-sur-Mer, comme en témoigne une mention sur le plan cadastral (voir ci-contre).
Cette décision préfectorale fut immédiatement contestée par les élus de Blosseville et donna lieu, durant plusieurs années, à des recours infructueux..
.
La superficie totale relevée dans le cadastre est 695 Ha, contre 697 Ha aujourd’hui.
Le « tableau d’assemblage » supra donne une vue d’ensemble de la commune avec les principales voies et chemins ainsi que l’emplacement des constructions : Blosseville est caractérisé par un habitat regroupé, sans maisons véritablement éloignées du centre. Sur ce plan général, il n’y a pas d’indication des parcelles ou de lieux-dits.
Ces indications se trouvent dans les plans et états détaillés de chacune des 3 sections A, B et C.
Leur analyse et leur compilation permettent de mettre en évidence les lieux-dits composant Blosseville en 1827 et les terres qu’ils recouvrent.


Les noms de ces différentes zones de la commune sont aisément compréhensibles quand ils évoquent les communes voisines. Pour les autres, on pourra se référer aux articles du site qui les évoquent : Bout du Moulin, Bout des Marettes2Ceux qui ont établi le cadastre ont écrit « Bout des Marais »; ceci a été raturé et rectifié sur le plan, pas sur les « états de section « . S’il pouvait y avoir une hésitation entre les deux termes du strict point de vue physique, le nom Marettes revêtait un caractère historique à Blosseville qui le rendait incontournable., Fond des Broches, Fond de Tumpot. En revanche l’origine du nom Gros Jean reste un mystère…

Comme aujourd’hui, la partie construite de Blosseville est regroupée sur 3 secteurs uniquement : le Village, le Château et le Bout du Moulin, au centre de la commune.
Le tableau ci-contre donne la répartition de la superficie totale de Blosseville selon la nature des parcelles en 1827.
Outre les bâtiments (habitations, bâtiments ruraux), le « centre » abrite également tous les vergers et jardins, la plupart des futaies, et les terres cultivées les plus proches des maisons, soit un total d’environ 136 Ha, le cinquième de la superficie de la commune.
Les autres secteurs comprennent quasi-exclusivement des terres labourées. S’y ajoutent quelques hectares de bois, de joncs marins3Jonc marin est un des noms donné à l’ajonc ou genêt épineux (Ulex Europaeus). Cette plante se présentait sous forme de haies infranchissables pour le bétail ou poussait sur de plus grandes surfaces, généralement en pente; en ce cas, une fois ramassé et séché, le jonc marin était utilisé comme combustible; il a pu également être utilisé comme plante fourragère selon les conditions de récolte., et de friches.
Les plans détaillés du cadastre donnent une vue précise des différentes parcelles, toutes numérotées. Pour les zones construites, ils figurent les vergers, les jardins, les mares, les maisons et bâtiments, comme sur l’extrait ci-dessous.

En ocre, sont figurées les maisons s’il y a un numéro et les autres bâtiments s’il y a une lettre majuscule ou aucune indication. Les ronds espacés marquent les vergers, les ronds alignés et resserrés, les alignements d’arbres ou les futaies. Les quadrilatères vides numérotés représentent les jardins.
Les 180 vergers, recensés à Blosseville, représentaient l’essentiel des surfaces du centre du village et, avec les arbres de haut jet, structuraient le paysage.

De plus on notera près de chaque construction la présence d’un jardin. Pour tout Blosseville, il n’y pas moins de 165 jardins de tailles fort diverses. Il s’agit de jardins potagers donnant l’essentiel de la subsistance des ménages composée à l’époque, de choux, de fèves, de pois, panais, navets, carottes… La pomme de terre, connue bien avant la Révolution en Normandie, était en cours d’acclimatation dans l’alimentation des villageois dans ces années 1820.
La mise en évidence des jardins sur l’extrait ci-contre permet de se rendre compte de leur densité expliquant la superficie cumulée de 4 Ha pour tout Blosseville.
.
On dénombre en 1827, 212 maisons à Blosseville, de dimensions diverses également. Elles étaient souvent des maisons mitoyennes, regroupant 2 ou 3 habitations comme on le voit dans l’extrait du plan ci-dessus. Outre les maisons, on dénombre environ 150 bâtiments ruraux.
Des renseignements sur les propriétaires.
Associé au plan cadastral, l’« état des sections » permet de connaître les propriétaires de chaque parcelle numérotée et notamment de chaque maison. Leur commune de résidence est souvent indiquée. A titre d’exemple, l’extrait ci-dessous concerne une propriété figurant sur les plans ci-dessus (en haut à droite).

Une vue exhaustive des maisons et de leurs propriétaires en 1827 est donnée dans l’article associé « Les propriétaires des maisons de Blosseville en 1827 ».
La suite de cet article présente des données d’ensemble et quelques propriétaires significatifs.
Le tableau ci-dessous donne une vue des propriétaires à Blosseville en 1827 selon leur commune de résidence et le nombre de maisons qu’ils possèdent.

** Bénouville, Boudeville, Bouville, Dieppe, Doudeville, Fécamp, Fultot, Saint-Pierre-de-Bénouville, Vittefleur
Les maisons de Blosseville étaient détenues par 114 propriétaires, dont 71 résidant à Blosseville et 30 dans les villages environnants.
Les deux anciennes familles nobles possèdent toujours le plus de maisons, 19 dont le « château », pour les Poret de Blosseville, 12 dont le manoir pour les Arnois de Captot.
Famille Poret de Blosseville
A l’établissement du cadastre, Bénigne Poret de Blosseville (1742-1828), vicomte de Blosseville est le propriétaire du château, de ses dépendances et des principales fermes du village. Il descend, par sa mère, des seigneurs de Blosseville depuis 1729, année de l’achat de la Vicomté par Louise le Baillif épouse Marye. Il meurt en 1828 et son fils cadet Auguste Louis (1782-1861), demeurant dans l’Eure, hérite de ses biens blossevillais. Ci-dessous les maisons détenues par cette famille et les parcelles environnantes.

Ci-dessous, les colombiers des 3 principales fermes détenues (lettres correspondant au plan ci-dessus).

Famille Arnois de Captot
Depuis le décès de Nicolas Arnois de Captot (1741-1816), conseiller au Parlement de Rouen, puis de son fils Joseph Henri en 1825, c’est sa fille Claude Marthe épouse Le Poulletier d’Auffay qui a hérité des biens que la famille détient à Blosseville, en particulier du manoir face à l’église et de ses dépendances. Ci-dessous les propriétés détenues par la famille Arnois de Captot.

Ci-dessous le mur et le pignon de la grange attenante au manoir.

D’autres propriétaires
Hormis ces deux familles, quelques propriétaires possèdent plusieurs maisons.
Jean Baptiste Prudent Fauconnet (1762-1838), maire de Blosseville depuis 1801 (voir plus bas), en a 7 ; deux cultivateurs du village, Jean Corruble (1753-1833) et Adrien Ménard, 5 chacun.
Pierre François Colombel (1784-1857) possède également 5 maisons. Il est né à Blosseville mais, depuis de nombreuses années, il s’est installé à Rouen où il s’est marié en 1810. Fabricant de rouenneries, il vit dans le quartier Cauchoise, non loin de l’église Saint Gervais, comme la plupart de ceux qui exercent ce métier. Son activité consiste à acheter le coton, importé via Le Havre, le faire filer et teindre puis le distribuer dans les communes de la région pour être tissé et produire ces toiles colorées que sont les rouenneries. Visiblement Pierre François Colombel a été un entrepreneur prospère, « vivant de ses revenus » peu après 50 ans. Il est resté en relations avec les membres de sa famille à Blosseville, notamment son beau-frère Romain Lhurin (né en 1772), toilier puis cultivateur. Sa mère, fileuse, décèdera à Blosseville en 1837, à l’âge de 91 ans.
Voici pour les maisons et quelques-uns de leurs propriétaires. Intéressons-nous à l’ensemble de la population blossevillaise à travers le recensement.
Le recensement de 1836 à Blosseville
Le recensement général de la population
De nombreuses tentatives de recensement furent faits dans l’histoire de France.
Dans la période révolutionnaire, une loi de 1791 puis une circulaire de 1800 instituèrent un dénombrement de la population dans chaque commune. Mais, lorsqu’ils furent réalisés, ces recensements furent souvent incomplets ou leurs résultats n’ont pas été conservés.
Ce n’est qu’à partir de 1836, que l’on dispose d’un recensement exhaustif de la population, selon une périodicité, en général de 5 ans, quelquefois de 10 ans.

Le recensement de Blosseville le plus contemporain de l’établissement du cadastre est celui de 1836. Il consiste en une liste unique d’habitants classée selon l’ordre alphabétique du nom du chef de ménage. Ceci permet de connaître l’identité, l’âge, l’état marital, la famille et la profession des habitants mais pas leur lieu d’habitation. Aucune indication de rue ou de chemin n’est donnée. Ce ne sera le cas qu’à compter de 1851.
Tous les recensements de 1836 à 1936 pour la Seine-Maritime sont accessibles en ligne sur le site des Archives Départementales. Voici le lien direct vers ceux de Blosseville-sur-Mer « Recensements Blosseville ».
En 1836, Blosseville compte 912 habitants, 429 hommes et 483 femmes, répartis en 227 ménages.
Une population jeune
Les Blossevillais de moins de 19 ans représentent 38,6% de la population, ceux de plus de 60 ans 9,8%, soit des chiffres proches de la moyenne nationale de l’époque.
L’âge moyen des habitants est de 30 ans. La doyenne de la commune, Marguerite Boulard, fileuse, a 83 ans ; le doyen Adrien Lemasson, propriétaire, a 82 ans et son épouse Marguerite Manneville 77 ans.

L’homme marié le plus jeune a 24 ans, la femme mariée la plus jeune 23 ans. A cette époque le consentement des parents est requis pour les garçons avant 25 ans et pour les filles avant 21 ans.
Des familles nombreuses
Malgré une mortalité infantile élevée à cette époque, il existe des familles très nombreuses dans le village (12 ont au moins 6 enfants). Toutefois 70% des Blossevillais appartiennent à des ménages de 4 à 7 personnes. Voir tableau ci-contre.
Les métiers des blossevillais

Sur les 912 habitants recensés, 624 ont une profession. A l’exception de 4 personnes adultes, la population non active est constituée des enfants et de jeunes de 16 ans et moins. Cependant 32 enfants de 12 à 16 ans sont employés au travail du textile.
.
.
Comme pour tous les villages environnants à cette époque, la population se consacre à deux activités : fabrication de tissus et agriculture. Et si un(e) villageois(e) ne déclare qu’une seule activité à l’occasion du recensement, bien souvent , il (elle) s’emploie aux deux en fonction de l’horaire et de la saison.
Une activité textile prépondérante

Musée de Senlis
Le secteur du textile emploie les 2/3 de la population active, soit 406 personnes :
- 182 tisserands dont 126 hommes et 56 femmes
- 214 fileuses (aucun fileur)
- 7 toiliers
- 3 écangueurs (voir définition ci-dessous)
Comme tous les villages du nord-ouest de Rouen, Blosseville est marqué par la prédominance de l’activité de tissage à bras. Celui-ci s’est développé au XVIIIe siècle, tout d’abord avec la laine, le chanvre et le lin, puis connaît, peu avant la Révolution, un essor fulgurant avec le coton. Au moment du recensement de 1836, la fabrication de rouenneries, évoquée plus haut, bat son plein. Elle est fondée sur une organisation qui apporte dans les villages les fils, à tisser sur les métiers présents dans la plupart des chaumières. En conséquence, les habitants qui souvent exerçaient alternativement des activités agricoles et de tissage ont eu tendance à se spécialiser dans cette dernière.
Quelques remarques sur les professions du textile :

- On ne trouve dans ce recensement de 1836 que l’appellation « tisserand(e) ». A la même époque, à Veules par exemple, sont mentionnés des trameurs et trameuses (approvisionnant les métiers en fils). Il y a probablement un effet de la terminologie utilisée par l’agent recenseur.
- Le nombre de fileuses est très important. La matière filée n’est pas indiquée, mais si l’on considère que, pour les rouenneries, le coton est livré sous forme de fils teints (« chaîne » et « trame »), il est fort probable que les fileuses blossevillaises se consacrent à une autre matière, la laine sans doute.
- Que sont exactement ces toiliers ? Rien ne permet de déterminer en quoi leur activité peut être plus large que celle du tisserand, incluant par exemple un rôle de négociant ou une liaison particulière avec le fabricant.
- Les écangueurs broyaient le lin roui, à l’aide d’un outil plat appelé écangue, pour en extraire la fibre textile. On les appellerait aujourd’hui teilleurs. Ils sont 3 à Blosseville en 1836 : Simon Blondin a 55 ans. Les deux autres, François et Sénateur Cléret sont des frères âgés de 24 et 19 ans dont le père est journalier et la mère fileuse.
.
Un secteur agricole important

L’agriculture compte 171 emplois, dont :
- 49 cultivateurs et 38 cultivatrices
- 37 domestiques (26 hommes, 11 femmes)
- 40 journaliers
- 7 bergers
- L’agriculture se pratique essentiellement en famille puisque les 87 cultivateurs (trices) sont regroupés en 36 ménages (couples ou parents avec enfants cultivateurs eux aussi, frères et sœurs …). Il est très rare que la femme d’un cultivateur ne le soit pas également elle-même (3 cas où elle est fileuse).
- Sauf un cas, les domestiques agricoles ne sont pas rattachés au ménage de cultivateurs pour lequel ils travaillent. On trouve quelques familles dont les membres exercent tous cette profession de domestique.
- Les journaliers, ouvriers agricoles qui travaillaient à la journée, pour telle ou telle exploitation, sont exclusivement des hommes. Ceux qui sont mariés le sont tous à des fileuses.
- Enfin la présence de 7 bergers, également tous mariés à des fileuses, témoigne de la prééminence de l’élevage ovin à cette époque.
Des commerçants et artisans peu nombreux

Neuf personnes ont une activité tournée vers l’habillement
- 6 couturières : une veuve d’une cinquantaine d’années et 5 jeunes filles dont la sœur du curé Caroline Gilles (voir plus bas) et les 3 sœurs Thirel, Julienne 23 ans, Marine 20 ans et Delphine 16 ans. Ces dernières avaient eu 3 sœurs aînées mortes jeunes entre 14 et 28 ans. Le père, Pierre Thirel, est charron et cousin du père du tailleur d’habits du village, Pierre André Dufour. Peut-être ces trois couturières travaillaient-elles pour leur cousin issu de germain.
- 1 tailleur d’habits, donc, Pierre André Dufour, père de 8 enfants trop jeunes pour faire les travaux d’aiguille.
- 1 blanchisseuse, Flore Debesque née Angot.
- 1 cordonnier, Valentin Noël, originaire d’Avremesnil comme sa femme.
Huit emplois dans les commerces liés à l’alimentation
Chaque ménage pourvoyant à ses besoins alimentaires grâce à son jardin potager et dans certains cas à sa basse-cour, les commerces sont peu nombreux. On compte néanmoins :
- 3 boulangers : Charles Fournier, Pascal Renaux et Médéric Gouel. Seul ce dernier est marié et sa femme est fileuse.
- 1 poissonnier, Jean Canu.
- 1 marchand, épicier, Jean Charles Adrien Lemasson.
- 1 revendeur Martin Pesquet. Quels objets vendait-il?
- 1 chaudronnier âgé de 24 ans, Honoré Gouel.
- 1 tonnelier Barnabé Raine, âgé de 40 ans.
On peut s’étonner de ne trouver aucun café et si peu de commerçants. Les ménages blossevillais étaient-ils autosuffisants grâce à leurs jardins et basses-cours ? Allaient-ils s’approvisionner au chef-lieu de canton, Veules, pour certains achats ? Les cafés étaient-ils tenus par des débitants qui ont mis en avant une autre activité (tisserand ou cultivateur) lors du recensement ?
Six charrons ou maréchaux-ferrants
Ces deux professions ont trait aux transports de l’époque, cheval et charrette.

Charron : ils sont 2, Pierre Thirel, le père des couturières évoqué plus haut ayant succédé à son père Adrien et Florentin Omont, charron de Cailleville installé à Blosseville après son mariage avec une blossevillaise. Le premier est témoin au mariage du second. Travaillaient ils ensemble ?

Maréchal-ferrant : ils sont au nombre de 4 en deux familles.
La famille Barabé compte deux maréchaux ; le père Victor, valériquais, a servi dans les armées napoléoniennes puis s’est installé à Blosseville vers 1817 ; son fils Victor Michel, 17 ans, deviendra maréchal à Fontaine le Dun. Trois autres fils qui ont moins de 14 ans en 1836, François, Pierre et Séraphin deviendront plus tard maréchaux à Blosseville.
- La famille Mallet compte également deux maréchaux-ferrants Frédéric Eugène et Louis Zacharie, tous deux fils de Guillaume, décédé en 1818. Ce maréchal s’était installé à Blosseville en 1809 après avoir exercé plusieurs années à Iclon.
Huit travailleurs dans le bâtiment ou l’ameublement

Quatre professions tant pour l’extérieur que l’intérieur des bâtiments:
- 3 charpentiers, de 3 familles différentes. Seul l’un d’entre eux, Thomas Philippe, venant de St Pierre-le-Vieux, est issu d’une lignée de charpentiers.
- 1 couvreur en chaume : Michel Antoine Bachelet, suivant une tradition de sa famille depuis plusieurs générations.
- 1 menuisier, Victor Fro 24 ans.
- 3 tourneurs sur bois, membres de la même famille, les Debesque, vivant sous le même toit : Pierre Jean Debesque 69 ans, son fils Jean Pascal, 39 ans et le fils aîné de ce dernier Séverin 17 ans.
Plusieurs autres « professions » recensées
En 1836, Blosseville compte également :

- 6 soldats âgés de 21 à 25 ans. On ne sait pas si ces soldats de 1836 sont des engagés volontaires pour 7 ans ou des appelés désignés par tirage au sort (6 ans de service à l’époque). L’un décèdera durant sa période militaire et on notera que 3 d’entre eux se tourneront ensuite vers une profession hors du tissage ou de l’agriculture : douanier ou gendarme.
- Un « instituteur primaire communal », Jean Michel Ridel (1802-1870), qui est en poste à Blosseville depuis 1828. Au moment du recensement, il est célibataire mais ne le restera pas longtemps, puisqu’en 1839, il épousera la sœur du curé, couturière (voir supra).
- Un prêtre desservant, Pierre Jean Gilles (1807-1875), nommé à la cure de Blosseville en 1832 peu après son ordination. Il habite le presbytère avec ses parents et sa jeune sœur Caroline qui se mariera donc avec l’instituteur.
- Un médecin, Rémi Nicolas Giffard (1797-1866), joignant à sa pratique médicale réputée un goût pour la science appliquée à des domaines variés. Voir l’article consacré à cette figure blossevillaise du XIXe siècle.
- Le maire et son adjoint : le maire en 1836 est Jean Baptiste Prudent Fauconnet. Originaire de Saint-Valery où son père était marchand négociant, il a épousé une blossevillaise Catherine Coquatrix en 1786 et s’est installé dans le village. Il est cultivateur, propriétaire de plusieurs maisons et terres. Lui-même était fermier du Vicomte de Blosseville. Après avoir été brièvement le premier maire de la commune en 1790 (voir article « Election du premier conseil de la commune de Blosseville en 1790 »), il occupe ce poste sans discontinuer depuis 1801. L’adjoint à cette époque, Jean Samson, est également cultivateur.
- 5 propriétaires. 4 sont des personnes âgées de plus de 70 ans, dont le père du curé et un couple vivant probablement du revenu de ses terres. Il est plus étonnant de trouver en tant que seul propriétaire, Charles Fauconnet (1797-1866), pas encore quarantenaire, qui doit être également cultivateur. Il est le fils du maire Jean-Baptiste Fauconnet (voir ci-dessus).
Qui habite où ? Rapprochement entre cadastre et recensement
Les limites du rapprochement
Nous avons donc à notre disposition :
– un cadastre de 1827 qui donne les noms des 114 propriétaires des 212 maisons blossevillaises (voir également article « Les propriétaires des maisons de Blosseville en 1827 » )
– un recensement de 1836 indiquant qui sont les 227 ménages vivant à Blosseville mais qui malheureusement ne fournit aucune information sur la maison qu’ils occupent ni même sur la zone où celle-ci se trouve.

Il est donc impossible de faire une déambulation virtuelle dans les rues du village en 1836 en présentant qui habite où, où se trouvent les forges, les marchands, les ateliers, les fermes. Quelques adresses peuvent néanmoins être déterminées.
Localisation de plusieurs habitants
On peut avoir une vue partielle de certaines localisations en faisant l’hypothèse que les propriétaires blossevillais qui n’ont qu’une maison (ou deux maisons voisines) l’habitent. Mais ces propriétaires sont peu nombreux, une cinquantaine (cf supra), et leur taux est très variable selon les professions.
Les cultivateurs sont relativement bien représentés par les seuls propriétaires ; la moitié des 36 ménages de cultivateurs possèdent leur maison. Parmi les autres, plusieurs sont fermiers du Vicomte de Blosseville. Il est donc possible de situer et nommer un nombre significatif des maisons occupées par des cultivateurs.
A l’inverse, il y a très peu de propriétaires parmi la cinquantaine de ménages dont le chef est journalier, domestique agricole ou berger, ce qui empêche d’indiquer le lieu d’habitation de la plupart d’entre eux.
C’est le cas également pour les 117 ménages de tisserands, toiliers ou fileuses. Seuls un peu plus d’une vingtaine sont propriétaires. Les « adresses » des autres nous sont donc inconnues.
Et pour toutes les autres professions représentées à Blosseville en 1836, seul un maréchal ferrant, un charron et le tonnelier peuvent être localisés. Impossible, pour l’instant, de s’orienter pour savoir où on allait acheter le pain, ou bien faire réparer son habit ou ses chaussures dans le Blosseville de 1836. Toutefois, on sait où l’on trouvait le curé et l’instituteur ! Voir un exemple de localisation sur l’extrait ci-dessus.
Perspectives
Cette cartographie des habitants du Blosseville de 1836 pourra progressivement être complétée.
Cette plongée dans le Blosseville d’antan peut également permettre de donner des indications sur l’histoire individuelle des maisons blossevillaises présentes au début du XIXe siècle. Beaucoup ont disparu mais plusieurs existent encore.
Voici par exemple deux exemples de maisons qui figuraient au cadastre de 1827 et aujourd’hui disparues.
La première, au centre du village, a appartenu au Vicomte de Blosseville et sa famille jusqu’à sa vente dans les années 1920 ; aucune construction ne l’a remplacée après sa démolition.
Les deux chaumières « mitoyennes » sur la photo de droite, rue de la Forge, ont été occupées au XIXe siècle par un cultivateur, Jean Alexandre Grenier (1775-1841) puis sa famille et au XXe siècle par un charron, Eloi Romain (1860-1939). Elles ont été transformées mais une maison existe toujours aujourd’hui sur leur emplacement.


Au total, plus d’une centaine de maisons ou bâtiments ruraux existent encore à Blosseville sur les emplacements exacts de celles et ceux de 1827 (au nombre de 360 environ)7Cette évaluation à très grands traits mérite d’être affinée.. Même si ces constructions ont connu de nombreuses transformations, le Blosseville de cette époque est encore bien présent dans la structure du village actuel.
A suivre…
Références
- 1Le nouveau système coexistait encore avec les unités anciennes : dans un courrier de 1826 au Préfet, le maire de Blosseville parle de 15 acres que la commune a cédées.
- 2Ceux qui ont établi le cadastre ont écrit « Bout des Marais »; ceci a été raturé et rectifié sur le plan, pas sur les « états de section « . S’il pouvait y avoir une hésitation entre les deux termes du strict point de vue physique, le nom Marettes revêtait un caractère historique à Blosseville qui le rendait incontournable.
- 3Jonc marin est un des noms donné à l’ajonc ou genêt épineux (Ulex Europaeus). Cette plante se présentait sous forme de haies infranchissables pour le bétail ou poussait sur de plus grandes surfaces, généralement en pente; en ce cas, une fois ramassé et séché, le jonc marin était utilisé comme combustible; il a pu également être utilisé comme plante fourragère selon les conditions de récolte.
- 4Association Clos Masure, Racines et Avenir de Caux – On trouve également le nom « écouche » pour cet outil et « écoucheur » pour celui qui le manie.
- 5Photo tirée de l’ouvrage « Le clos-masure, lieu de vie et de travail en pays de Caux » édité par l’association Clos Masure Racines et Avenir de Caux 2025.
- 6Association Clos Masure, Racines et Avenir de Caux.
- 7Cette évaluation à très grands traits mérite d’être affinée.
