Geoffroi Ridel (1140-1195), vicomte de Blosseville

Les archives de l’abbaye de Fécamp comportent plusieurs documents au sujet de l’église de Blosseville, retraçant l’historique des conflits opposant les abbés aux vicomtes de Blosseville.

Extrait d’une copie des lettres patentes du 30 mars 1472 (bas de première page) obtenues par l’abbé de Fécamp concernant le « patronage en droit de présenter à la cure Saint Martin de Blosseville » (trois premières lignes). L’historique des « débats ou contredits » débute par « Gauffroy Ridel viconte de Blosseville » (ligne ante pénultième). ADSM : 7H 25

Le document le plus ancien invoqué par les abbés remonte à un vicomte nommé Geoffroi (Gaufroy) Ridel (1140-1195).1Les bornes sont estimées à partir des actes rapportés. L’original n’ayant pas été retrouvé, la source est une copie du XIV-XVème siècle (cf., ci-dessous).

Feuillet isolé évoquant le conflit entre Gaufroy Ridel vicomte de Blossevilla et l’abbé de Fécamp (1ère ligne). Copie du XIV-XV ème siècle, (cf ci-dessus). ADSM : 7 H 25.

« Querela fuit inter Gaufridus Ridel, vicecomitem de Blossevilla, et abbatem Fiscannensem apud Rothomagum super ecclesia de Blossevilla. Ad quod summoniti fuerunt ex precepto domini regis milites et vavassores ad recognoscendum quod juris predictus Gaufridus Ridel in predicta ecclesia debebat habere. Dicebat enim, et multi cum eo, quod pater suus in predicta ecclesia ultimam personam mortuam presentaverat, super quo in eadem assisia recognitio fieri debebat. Abbas vero, et multi pro eo, allegabant predictam recognitionem de jure nec posse nec debere fierivel audiri, hac videlicet ratione quod predicta ecclesia a duce Normannorum Ricardo fundatore Fiscannensis monasterii libere collata fuerat, sicut res ad dominicum suum pertinens et sicut carta predicti ducis et alie carte predecessorum surorum testabantur et confirmabant. Unde adjudicatum fuit, auctoritate predictarum cartarum quas abbas in medium produxerat, quod nulla recognitio contra earum tenorem super predicta ecclesia fieri debebat. Unde predicta ecclesia de Blossevilla per juditium assisie Ecclesie Fiscannensi quieta remansit. »2N° 292 Edition de Michaël Bloche. 2019. Le chartrier de l’abbaye de la Trinité de Fécamp : étude et édition critique, 928/929-1190, postérité du fonds. Tome II, p 664-665. Consultable aux ADSM : cote F 2255.

« Règlement du différend entre Geoffroi Ridel, vicomte de Blosseville, et l’abbé de Fécamp, au sujet de l’église de Blosseville : sur ordre du roi, des chevaliers et des vavasseurs furent convoqués (aux assises de Rouen) pour dire quels étaient les droits dudit Geoffroi sur ladite église. Ce dernier prétendait en effet, avec maints autres, que son père avait présenté le dernier curé, décédé, à cette église. Mais l’abbé, et d’autres avec lui, affirmaient que l’église avait été conférée en pleine propriété à l’abbaye par le duc de Normandie Richard  (II), ce qui fut confirmé par ses successeurs. Il fut donc jugé, sur l’autorité d’une charte produite, que l’église de Blosseville devait rester à l’abbaye ».

Sceau de Henry de Sully, l’abbé de Fécamp de 1140 à 1187, contemporain de Geoffroi Ridel. L’abbé est représenté tête nue de face tenant sa crosse dans la main droite et de la gauche un livre ouvert. Le sceau est de 1180-87, Arch. nat., J 211, n°4.3Michaël Bloche, « Les sceaux des abbés et du convent de la Trinité de Fécamp, XIIe-début du XIVe siècle », Tabularia (en ligne depuis 2013), Actes épiscopaux et abbatiaux en Normandie et dans le grand Ouest. 

Deux arguments permettent d’évaluer la date de cet acte :

Le premier est un acte original4ADSM : 7H 903/1 daté entre 1150-1160 concernant Gilbert Ridel frère probable de Geoffroi. Cet acte est très endommagé, laissant lisible « Gisleberto Ridel » et l’ébauche de «Gauf(rido fratri)» (deuxième ligne, ci-dessous). Le texte a pu être reconstitué à partir d’une copie faite par Leopold Delisle en 18495ms NAF 21818 fol. 151.

Extrait de la partie supérieure de l’acte entre l’abbé de Fécamp et Gilbert Ridel.
A la deuxième ligne, moitié gauche « Gisleberto Ridel », moitié droite «  Gauf… ». 
ADSM : 7H 903/1, acte n° 258, Ed M. Bloche, 2019.

Résumé de la transcription6N° 258 Edition de Michaël Bloche. 2019. op.cit. Tome II, p 613-615.

« L’abbé (Henri de Sully) et l’abbaye confirment à Gilbert Ridel la tenure (mansura) que l’abbé Roger (de Bayeux) avait donnée à son frère Geoffroi, ainsi que dix soudées de rente dans la paroisse de Veules. Gilbert doit tenir (cette tenure) en fief de l’abbaye. Ils lui ont également concédé de pouvoir la transmettre héréditairement au fils qu’il voudra. En échange, il donne à Henri (de Sully) et à son abbaye toute la dime de la pêche de ses hommes, de ses navires et de ses filets. De même, Ies hommes de Veules cèdent la dime (de leur pêche) à l’abbaye, moyennant quoi ils sont exempts dans tous les ports de l’abbaye de la coutume nommée « ewies » »

Le second argument pour dater l’acte s’appuie sur les informations inscrites à l’Echiquier. L’Echiquier des ducs de Normandie avait dans ses attributions l’audition et la vérification des comptes. Lors de la conquête de la Normandie par Philippe Auguste, les archives de la cour furent transportées en Angleterre.7Introduction empruntée à Léopold Delisle. Des revenus publics en Normandie au XIIème siècle. Bibliothèque de l’école des chartes, 1849, tome 10, 173-210, accessible via Persée.

 Ces « grands rôles des échiquiers de Normandie » ont été édités en anglais par Thomas Stapleton (1805-1849) en 1840, avec un appareil critique conséquent : « Magni Rotuli Scaccarii Normaniae sub Regibus Angliae8Thomas Stapleton (ed.), Magni Rotuli Scaccarii Normaniae sub Regibus Angliae. Sumptibus Soc. AntiQ. Londres. Tome 1, 1840. Accessible via google Books. D’autres éditions notamment en français ont suivi mais nous avons pris cette édition comme référence. L’index p. CLXXXIII, vue 193/540 à CCXXXVII, vue 247 permet de rechercher les personnages de l’époque. »

A partir de l’index de cet ouvrage, on retrouve la mention de Geoffroi Ridel à trois reprises dans le rôle de l’Echiquier9respectivement en 1180 aux pages XXII-XXIII, CXVII, CXIX ; en 1195, CXLIX, CL. en 1180 et deux fois en 1195. A noter que le seul frère cité est nommé Roger. Il est mentionné que Geoffroi est aussi surnommé Basset « from his mother surname » et son épouse prénommée Sibille.

Extrait de l’ouvrage de Stapleton (p. CXLIX) et situation sur le rôle (rouleau de parchemin).
Gaufridus Ridel en qualité de vicomte de Blosseville à la 4 ème ligne.

Le lien est possible avec l’arbre généalogique ébauché par Jehan I de St Maard à partir d’Adzor et Helvise (cf., article en préparation) sachant qu’un de leur fils, Guillaume vicomte de Blosseville est dit Ridel.

Références

  • 1
    Les bornes sont estimées à partir des actes rapportés.
  • 2
    N° 292 Edition de Michaël Bloche. 2019. Le chartrier de l’abbaye de la Trinité de Fécamp : étude et édition critique, 928/929-1190, postérité du fonds. Tome II, p 664-665. Consultable aux ADSM : cote F 2255.
  • 3
    Michaël Bloche, « Les sceaux des abbés et du convent de la Trinité de Fécamp, XIIe-début du XIVe siècle », Tabularia (en ligne depuis 2013), Actes épiscopaux et abbatiaux en Normandie et dans le grand Ouest. 
  • 4
    ADSM : 7H 903/1
  • 5
    ms NAF 21818 fol. 151
  • 6
    N° 258 Edition de Michaël Bloche. 2019. op.cit. Tome II, p 613-615.
  • 7
    Introduction empruntée à Léopold Delisle. Des revenus publics en Normandie au XIIème siècle. Bibliothèque de l’école des chartes, 1849, tome 10, 173-210, accessible via Persée.
  • 8
    Thomas Stapleton (ed.), Magni Rotuli Scaccarii Normaniae sub Regibus Angliae. Sumptibus Soc. AntiQ. Londres. Tome 1, 1840. Accessible via google Books. D’autres éditions notamment en français ont suivi mais nous avons pris cette édition comme référence. L’index p. CLXXXIII, vue 193/540 à CCXXXVII, vue 247 permet de rechercher les personnages de l’époque.
  • 9
    respectivement en 1180 aux pages XXII-XXIII, CXVII, CXIX ; en 1195, CXLIX, CL.

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